Si les nouveaux élus au Parlement de Serbie de la coalition étudiante ont rapidement insisté sur la nécessité d'un dialogue constructif avec les pays voisins, la persistance de discours nationalistes dans leurs rangs nourrit l'inquiétude, en Serbie comme à l'étranger. Nataša Kandić demeure l'une des figures les plus emblématiques – et clivantes – de la société civile serbe contemporaine. Fondatrice en 1992 du Centre pour le droit humanitaire ( Fond za humanitarno pravo ) à Belgrade, elle s'est imposée comme une voix pionnière et intransigeante du travail de mémoire face aux guerres de décomposition de la Yougoslavie. Qualifiée de "traître à la nation" par les médias pro-gouvernementaux et les milieux ultranationalistes, elle a documenté sur le terrain depuis une trentaine d'années les exactions commises en Croatie, en Bosnie-Herzégovine puis au Kosovo, refusant le déni d'Etat et exigeant sans relâche que les crimes de guerre perpétrés par les forces et milices serbes soient reconnus et jugés. Son travail d'enquête minutieux a directement alimenté les dossiers du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Selon elle, "les déclarations de certains étudiants et de leurs sympathisants sont problématiques". Parmi celles-ci figurent le rejet de l’indépendance du Kosovo et le négationnisme du génocide de Srebrenica. Les banderoles et slogans nationalistes étaient également omniprésents lors des manifestations. Le résultat d’années de propagande, estime-t-elle. Bien qu'Aleksandar Vučić ait constamment soufflé sur les braises du nationalisme, l'attachement au roman national d'une grande partie de la population serbe est bien antérieur à son accession à la tête du gouvernement en 2014, puis à la présidence en 2017. Ce sentiment patriotique serbe puise notamment ses racines dans les années 1990 et la décomposition de l'ex-Yougoslavie. A l'époque, Belgrade soutenait les entités séparatistes serbes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, tout en maintenant que la Serbie n'était pas en guerre. Quelques années plus tard, le régime s'engageait dans une répression armée au Kosovo pour réprimer les aspirations indépendantistes d'une province à majorité albanophone. Maître d'œuvre de cette séquence, Slobodan Milošević a dirigé le pays sans partage, d'abord comme président de la Serbie (1989-1997) puis de la République fédérale de Yougoslavie (1997-2000). S'il a fini par être chassé du pouvoir le 5 octobre 2000, aucune rupture profonde n'a eu lieu. La Serbie contemporaine s'est construite dans une continuité avec les années 90. Par conséquent, il n'est pas étonnant qu'un sentiment patriotique exacerbé soit répandue au sein de la population, estime Nataša Kandić. Il a même ressurgi après la mort de Ratko Mladić fin août 2026. Bien que l'ancien commandant militaire des Serbes de Bosnie ait été condamné à perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, le "boucher des Balkans", comme le surnommait la presse internationale, continue d'être célébré en héros par une fraction de la population serbe. "Aujourd’hui, beaucoup attendent des étudiants qu’ils rattrapent les lacunes sur l'histoire passée", explique Nataša Kandić. Mais ce n’est pas juste. Car les étudiants sont les enfants de cette société, nuance-t-elle. Ils ont grandi dans un système scolaire qui ne leur a rien appris sur les guerres des années 90, avec des médias qui glorifiaient les criminels de guerre. "Les étudiants ne disposent d’aucune information sur les événements de l’époque", défend Nataša Kandić. Si le nouveau gouvernement parvient à consolider la démocratie serbe, ce sera déjà un progrès, estime-t-elle. Une démocratie plus forte autoriserait un travail de mémoire encore impossible actuellement, car dans le pays, quiconque, comme Nataša Kandić, exprime publiquement des critiques sur les actions historiques de l'Etat serbe, voire de l'ex-Yougoslavie, est diffamé, voire agressé physiquement. "Il sera très difficile de changer le discours politique
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