Depuis toujours, il voyage, comme ses chansons. Pour 'Rite cruel', anagramme d'écriture, Bernard Lavilliers ne déroge pas à la règle. De Kinshasa à Rio, en passant par Paris, l’album fait voyager tout en observant droit dans les yeux l’humanité d'une époque à feu et à sang: l’Ukraine sur la chanson 'Ligne de feu' (adaptation du 'Dormeur du val' de Rimbaud'), les exilés cubains sur 'Soño', l’exploitation des minerais sur 'Kinshasa', en revisitant sur piano martelé sa chanson 'La zone' (1976) sur la marginalité sociale ou une période où tout s’achète sur 'A vendre'. Pour colorer musicalement le tout, samba, rock, rumba et violons contribuent à ce nouveau voyage discographique du chanteur français. Le natif de Saint-Etienne, 80 ans, s'est aussi entouré d'arrangeurs talentueux comme Victor le Masne, Fred Pallem ou Cyrille Aufort pour les douze titres de ce 'Rite cruel' qui débute en mode très rock par les saillies lexicales de 'Coriace': "Tu vois venir l’oppression sans pouvoir la définir/ Tu crois que la démocratie te suffira pour dormir". "'Coriace' désigne une personne qui a le cuir épais. Ce n’est pas quelqu’un d’agressif. C’est quelqu’un qui ne se laisse pas manipuler, qui ne se laisse pas rouler dans la farine. En gros, qui sait ce qu’il veut et qui n'est pas corrompu", explique le chanteur lors de la journée spéciale que lui a consacré RTS Option Musique le 29 octobre. Lavilliers estime que cette attitude sera nécessaire dans les années à venir. Il cite notamment l’influence croissante des grandes entreprises technologiques, les liens entre la technologie, la guerre en Ukraine, l’intelligence artificielle et l’arme nucléaire. Il redoute aussi une évolution vers le transhumanisme. Pour préserver "un brin d’humanité", l’artiste appelle ainsi à "une alliance des coriaces". Le refrain de 'Coriace' résume le message du chanteur: "Il faut être coriace pour tenir/Il faut être solide pour agir". De quoi se rappeler que cet apatride dans l'âme, autant que citoyen du monde, passeur de rêves et poète engagé, a été formé à l'école du verbe tranchant de Léo Ferré. Et qu'en Mai 68, Lavilliers chantait dans les usines occupées de province. Même si l'auteur militant et celui qui louait le labeur des sidérurgistes sur le précieux 'Les Mains d'or' s'est fait ces dernières années plutôt observateur avisé des soubresauts du monde. En 2026, 'Rite cruel', son vingt-cinquième album, n'en manque logiquement pas non plus. Et Lavilliers préfère asséner sur la chanson-titre en guise de refrain, et de mantra peut-être, "se battre avec les mots pour arrêter la guerre". Bernard Lavilliers, 'Rite cruel' (Barclay/Universal Music). Paru le 23 octobre 2026. En concert à l'Auditorium Stravinski, Montreux, le 5 juin 2027. Suivez l’actualité en continu sur notre application RTS
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